Quel est le rôle de l’auditeur ?

Bien que l’auditeur radio n’ai jamais été qu’un simple récepteur mais également, un Auditeur actif : l’Audi-acteur, il prend de plus en plus la parole sur nos antennes. Dans cet article je souhaite mener une réflexion sur le rôle de l’auditeur dans nos média radio. L’auditeur s’exprime d’abord «à l’oral» – pardon pour ce truisme , mais les réseaux sociaux lui offrent aussi l’expression écrite reprise sur la radio augmentée : la Sociale radio existait depuis des décennies par la voix, elle s’implémente de l’image.

Les fondamentaux

Présentation proposée lors du salon de la radio 2016

Nous avons assisté, depuis près de 10 ans, à une évolution lente mais inexorable du rôle de l’auditeur au sein des radios qu’elles soient généralistes ou musicales…

Souvenons nous de ce que nous dispensions dans les cours de TLM (Technique et Langage des MÃédias) sur les atouts du média radio : Proximité, ubiquité, fidélité, mobilité, complicité, instantanéité.

Ces forces représentent depuis bien des décennies ce que j’aime à définir comme « Les fondamentaux » du médium ; nous devrions jamais nous éloigner de ces piliers qui comme la recette du quatre – quart sont les ingrédients INCONTOURNABLES pour une réussite du produit final.

Ces quelques lignes préliminaires pour rappeler des évidences qui souvent stupéfient les acteurs de nos métiers.

J’ai souvent comparé la radio à un magasin dont la ou les vitrines ne sont rien d’autres que les programmes – la grille d’antenne – au milieu de laquelle l’auditeur peut circuler et choisir « l’article » qui lui convient, qu’il aime ! Ainsi un magasin bien achalandé est un commerce où les chalands sont nombreux (contrairement au contre sens donné par  » rayons bien fournis »).

L’auditeur : un expert sans expertise.

L’ auditeur (le chaland) est la raison d’être, la raison de diffuser pour une radio, car oui celles et ceux qui portent leur écoute sur telle ou telle station doivent être des audi’acteurs mais il faut prendre garde, aussi, de ne pas donner à l’auditeur plus de talent qu’il n’a parfois!

Parce que la radio ne doit pas cantonner sa mission d’un  » café du commerce » où chacun peut dire tout et son contraire sur des sujets souvent graves de géopolitiques, médicaux, religieux; l’auditeur n’a , de façon général, aucune connaissance et donc aucune légitimité à s’exprimer pour souvent ne dire que de lourdes contre vérités

Rendons également à César ce qui appartient à César  » la première libre antenne  » de l’ère radiophonique moderne nous la devons à Anne Marie Peysson et Alain Krauss sur RTL au début des années 80…Il s’agissait d’un rendez vous quotidien de 30′ au terme du journal de la mi-journée; 36 annÃées plus tard nous sommes passés à une logorrhée permanente du matin au soir sur des sujets multiples et souvent incongrues !

Comble de l’absurde, les stations n’ayant évidemment pas le creuset suffisamment important de « Bons auditeurs plus habilités à s’exprimer que d’autres » font appel aux secrétaires de rédaction ou autres assistantes pour réaliser des fichiers d’auditeurs(trices) corvéables à merci et surtout en mesure de s’exprimer sur le Djihad comme sur Notre Dame -des- landes! L’absurde est atteint et peut-être même dépassé !

Il est donc urgent de ramener le balancier vers un bon équilibre et de redonner à l’auditeur son vraie rôle d’audi’acteur capable aussi et surtout (comme en télévision souvent) de jouer, de participer à des émissions dites de  » divertissement » où culture générale, astuce, jugeote ,récits de tranches de vie se mêlent ou se succèdent pour offrir un vrai beau magasin aux rayons pleins d’idées ,de rires et d’émotions !

Le prisme de l’info au détriment des programmes.

Les patrons de radios d’hier lorsqu’ils étaient issus de la « corporation journalistique » avaient l’humilité de présider l’ « institution radio » en laissant leur intuition juger in fine avant mise à l’antenne de ce qui marchera ou pas … Ils laissaient aux équipes de programmes et d’antenne le soin d’imaginer, d’écrire, de concevoir des nouvelles émissions d’information ou de divertissement! Il y avait alors une vraie confiance selon une bonne vieille théorie du « Chacun son métier »… Le Pdg ou le Directeur général n’intervenait que trés rarement dans la construction d’une grille sinon que pour donner son accord… j’en étais l’acteur et le témoin à de trés nombreuses reprises!

Aujourd’hui, les journalistes qui prennent la tête de direction de programmes et d’antenne ne voient, ne pensent, ne conçoivent une grille que par le prisme de l’info! Il m’est facile d’illustrer ses propos par l’exemple de Sud Radio qui, d’une radio généraliste nationale imaginée en janvier 2014 est devenue une radio de talk info à l’aune de son ainée, sans les mêmes moyens et les mêmes résultats…!

Il en va de même pour « les gens de la pub et du Marketing qui ont entrainé, par leur jugement « couperet sur le vieillissement de l’auditoire de RTL  » l’accident industriel des Grosses Têtes dont il est inutile de rappeler les conséquences!

Laissons au maçon le soin de construire la maison, des fondations au toit car ni le plombier, ni le peintre ,ni le décorateur ne sont habilités au gros oeuvre !

Mais enfin en guise de conclusion je rappelle à l’envie cette citation de Gaston Bachelard qui devrait être affichée dans tous les bureaux de nos Directeurs des programmes et d’antenne :

« Â La radio a fait passer l’humanité de la conversation de café à  la parole cosmique. Elle n’a pas le droit de se répéter mais le devoir de créer chaque jour du nouveau »

Claude Hemmer

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *