Et l’auditeur dans tout cela ?

Bien évidemment les thèses développées ci-dessous  s’en trouvent d’autant renforcées par l’actualité dramatique de ces derniers jours (novembre 2015) mais ensuite et de façon plus anecdotique, par la parution des premiers résultats des Médiamétrie de la rentrée radio 2015. Ces résultats représentent un véritable bulletin scolaire à  l’adresse des patrons, directeurs ou responsables des programmes des principales radios diffusant sur notre territoire.
Je me contenterai de n’évoquer que la dérive constatée au cœur du médium radio, même s’il est vrais que la tendance lourde d’une information dominante, omnipotente, omniprésente trouve ses ferments dans les programmes télévisuelles des chaines dites « d’info continu» que sont aujourd’hui BFMTV, ITélé et LCI (pour ne citer que les chaines privées nationales).
En radio comme dans bien d’autres activités ou tendances nous assistons à « des mouvements de balancier », à  des modes qui se succèdent, souvent opposées ou contraires. La construction des programmes d’une radio, c’est-à-dire du contenu, de ce qui fait le menu d’une grille d’antenne, devrait pourtant respecter ce que l’on appelle des fondamentaux (équivalent des ingrédients nécessaires à la réussite d’une recette culinaire).

Uniformisation des antennes

Aujourd’hui même, nous assistons à l’uniformisation des antennes au « bénéfice unique» de l’information et d’une course effrénée derrière une info nouvelle, inédite qui n’arrive in fine qu’après 3 ou 4 heures d’un long pathos et une réitération sans fin des mêmes éléments.

La radio dite généraliste devient une mono thématique et la radio thématique se bat pour conserver difficilement sa spécificité. Le CSA, gardien du respect des formats, des règles de diffusion n’y voit pas malice et le danger d’une dérive lente mais inexorable de la généraliste vers la station majoritairement tournée vers l’information s’amplifie. Ce mal, telle l’hydre, prend l’allure d’uniformité, de « panurgisme », de pâle copie, de banalité et d’une Infobésité* amplifiée par la multiplication des canaux ou supports, relais d’information, que sont les tablette, smartphone, ordinateur !
Je ne passerai pas sous silence les risques considérables de dérives encourus par « Le MEDIA » en général que cette course à « la dernière info exclusive » représente !

Un changement de comportement de l’auditeur

Les nouvelles technologies épousées et imposées par tout médium modifient profondément le comportement de l’auditeur qui tend à devenir un « visioditeur » informé en temps réel à travers, le poste de radio traditionnelle et maintenant de façon exponentielle par les alertes permanentes reçues sur les différents terminaux. Ne sommes-nous pas entrain de couper la branche sur laquelle nos médias audiovisuels étaient confortablement assis ? Si tu ne vas pas à l’info, l’info est déjà  arrivée à toi !

Que l’on ne me fasse pas de faux procès en me répliquant que « la radio a changé », « qu’il faut que je m’adapte », « qu’il faut donner à l’auditeur ce qu’il demande» ! Justement l’auditeur que veut-il ? Eh bien parlons-en ! écoutons-le un instant et prenons le temps d’analyser les chiffres du Médiamétrie de Septembre/octobre 2015. Que disent-ils ? Premier round : les vainqueurs, sont les musicales ! En face les généralistes stagnent ou accusent une tendance baissière comme RMC et France Info, particulièrement !

Comme me le disait hier encore un fidèle de France Bleu Haute Normandie, « Bien sûr que nous sommes consternés par ce qu’il se passe à Paris, mais croyez-vous que même NOTRE radio a besoin de se mettre à l’unisson de France Info, d’Inter, RTL ou Europe 1 ? Vous savez, si nous voulons de « l’info de Paris » nous savons « aller la chercher ».

Enfin comme nous le faisions jadis, lorsque des évènements tragiques survenaient, nous avions à  cœur de modifier la liste de diffusion des titres musicaux, de supprimer dans un premier temps les écrans publicitaires, puis d’écouter un à un le contenu des pubs pour être certain que rien ne puisse choquer . Nous recherchions sans cesse le bon équilibre et n’hésitions pas à l’extrême limite à « Casser l’antenne ».

Casser son antenne ?

Non ne nous y trompons pas, casser de fond en comble – et de manière prolongée une grille d’antenne, en y laissant que l’Information- répond d’abord et avant tout à une logique comptable certainement pas financière au contraire (la suppression – de bon aloi – totale ou partielle de la pub est un manque à gagner ) mais comptable au regard de l’audience ! Je suis prêt à  prendre les paries sur la prochaine vague Médiamétrie de janvier, l’information des évènements multi diffusée par chacune des stations ne modifiera guère le classement des « généralo-thématiques » sauf peut-être pour France Info et ses journalistes – dont la mission première est d’INFORMER et qui mériteraient de meilleurs chiffres.

Ce qui ne sous-entend absolument pas que l’ensemble de la classe journalistique Radio et Télévision ne se voit pas saluer individuellement par un ENORME coup de Chapeau ; et ce pour le travail ininterrompu fournit depuis vendredi dans le seul but de nous INFORMER. C’est aussi cela le métier de journaliste, qu’il soit pratiqué au coin de la rue ou au bout du monde ! Voilà  pourquoi il est nécessaire de lancer une réfléxion sur ce thème en respectant lâ’avis de chacun, mais sans s’abstenir de poser les bonnes questions dans un seul et unique objectif : donner à l’auditeur le choix du programme qu’il souhaite entendre dans sa radio, son ordi, son smartphone etc.

 

*L’infobésité est issue de la contraction entre les termes « information » et « obésité ». Elle désigne la surcharge d’informations à  laquelle nous sommes tous les jours confrontés.

 

Claude Hemmer auditeur

Claude Hemmer

Professionnel reconnu dans le milieu radiophonique, il a, à  son actif ,un parcours riche dans le domaine de la radio de service auprès des auditeurs pour la gestion des contenus et des programmes.

Il débute en 1977 à  RTL. Son expérience dans l’écoute de ceux qui font l’audience de la station, l’amène à prendre le poste d’assistant puis de réalisateur d’émission au sein de la station;

En 1995 il devient adjoint au Directeur des programmes de RTL, en charge de la production de l’antenne et du suivi des émissions.

Radio France en 2004, il est Directeur de la station France Bleu à NANCY, puis de 107,1 à Paris ou il développe pour l’antenne l’interactivité avec les auditeurs dans leur quotidien et leur mobilité; il initie puis place le nouveau slogan au cœur du dispositif de l’antenne «On Fait la Route Ensemble ». Les audiences décollent à Nancy puis à Paris 107.1 .En 2007 avec Jacques Vendroux il met en place un partenariat avec le PSG.Puis en 2008 il est chargé de la renégociation du contrat avec le groupe Sanef et prend la Direction de Radio 107,7.

Janvier 2014, Claude Hemmer rejoint le groupe Fiducial à la demande de son président Didier Maïsto. Il prend alors la Direction de l’antenne et des programmes de Sud Radio.

C’est une opération commando, qu’il mène durant cinq mois. Il s’attache principalement à une fonction RH d’accompagnement individuel envers les 21 collaborateurs restés sans direction et objectifs durant de nombreux mois. Parallèlement à cette mission de soutien psychologique, il remet en place les fondamentaux. L’auditeur est au coeur du dispositif, mêlant ainsi interactivité, information, musique et divertissement. La ligne éditoriale de Sud Radio s’étant recentrée sur le talk info, l’exercice de management des équipes ayant fonctionné, c’est d’un commun accord avec la présidence que le contrat prend fin en juin 2014.

 

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